
Dans leur courrier adressé au Premier ministre, les dirigeants des huit organisations syndicales rappellent que « l’on ne réforme pas ainsi, brutalement, un texte d’histoire sociale et de conquêtes collectives ». Ils demandent en conséquence au chef du gouvernement de renoncer à la convocation d’une commission mixte paritaire, afin de garantir le respect de la démocratie sociale comme de la démocratie politique.
Les syndicats alertent sur le fait que la proposition de loi étendrait largement les dérogations d’ouverture du 1er mai, touchant de nombreux secteurs professionnels et de grandes entreprises, au détriment des salariés comme des petits commerces de proximité. Le projet de décret transmis par le gouvernement prévoit notamment l’ouverture des grandes enseignes industrielles de boulangerie-pâtisserie, des chaînes de glaciers et chocolatiers, des boucheries-charcuteries, fromageries, poissonneries, magasins de fruits et légumes, fleuristes, jardineries, ainsi que des cinémas, musées, salles d’exposition, salles de spectacles et centres culturels.
Les organisations syndicales avaient déjà dénoncé vendredi la manœuvre ayant conduit à l’adoption, à l’Assemblée nationale, d’une motion de rejet de la loi votée par le Sénat en juillet dernier, ouvrant la voie à une application dès le 1er mai 2026.
Le courrier est signé par Sophie Binet (CGT), Cyril Chabanier (CFTC), Caroline Chevée (FSU), Laurent Escure (Unsa), Julie Ferua et Murielle Guilbert (Solidaires), François Hommeril (CFE‑CGC), Marylise Léon (CFDT) et Frédéric Souillot (FO).
Le gouvernement indique « entendre l’opposition et l’inquiétude » des organisations syndicales. Le ministère du Travail recevra celles‑ci lundi à 18h pour poursuivre les échanges et répondre aux interrogations soulevées. De son côté, Matignon précise que le Premier ministre a demandé à M. Farandou de conduire les consultations nécessaires afin de proposer un compromis susceptible d’être porté ensuite en commission mixte paritaire.
Pourquoi le 1er Mai ne se marchande pas
Le 1er Mai n’est pas une date ordinaire dans le calendrier social. Il ne s’agit ni d’un simple jour férié, ni d’un avantage accordé par l’employeur : c’est un acquis historique, conquis par des générations de travailleurs au prix de luttes, parfois au prix du sang.
Le 1er mai n’est pas un simple jour férié, c’est la journée internationale des travailleurs, c’est une journée qui commémore l’histoire de la conquête des droits sociaux, c’est une journée de lutte et de revendications qui associe le même jour tous les travailleurs dans le monde.
Dès 1890, les syndicats français organisent des manifestations le 1er Mai. La journée devient progressivement un symbole de lutte sociale.
Un symbole international de lutte sociale
Le 1er Mai est né des mobilisations ouvrières de Chicago en 1886 pour la journée de 8 heures. En France, il s’est imposé comme journée internationale de revendication et de solidarité, bien avant d’être reconnu comme jour chômé et payé.
Un droit protégé par la loi
Depuis 1947, le 1er Mai est le seul jour férié obligatoirement chômé et payé pour tous les salariés, sans exception. Ce statut unique traduit sa portée symbolique :
- il ne se négocie pas,
- il ne se déroge pas,
- il ne se banalise pas.
Une remise en cause qui fragilise tous les salariés
Élargir les dérogations d’ouverture le 1er Mai reviendrait à transformer un acquis collectif en variable d’ajustement économique. Ce serait :
- affaiblir un symbole commun à tous les travailleurs,
- créer des inégalités entre secteurs,
- mettre en concurrence salariés et petits commerces face aux grandes enseignes,
- vider de son sens une journée de lutte sociale.